Kalliope muse ailleurs

caprices, cabotinage, calembredaines et quelques cafouillages : les cahiers de Kalliope.

22 juin 2009

Qui m'aime comprenne...



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30 mai 2009

En juin, prends garde au rhume des foins...

DVD_La_Ferme195 Vous le croyez, vous, que j'ai osé travailler sur La Ferme des animaux pour essayer de convaincre mes élèves des vertus de l'éducation et de la maîtrise de la parole ?

Depuis quelques jours, Kalliope arbore des yeux rouges de lapin sous ecsta, ressort les kleenex et éternue toutes les trois phrases en se grattant le palais le reste du temps (oui, le palais démange, et c'est vachement compliqué à gratter, le palais). Le diagnostic est simple, nul besoin d'aller voir le médecin, c'est un simple rhume des foins. Du zirtec acheté en pharmacie et le problème est fini...
Sauf que, sauf que, l'allergie semble progresser et les allergènes se multiplier. Devant ses élèves, bêtes à manger du foin - j'en ai surpris deux la joue collée sur la table, soufflant sur leur feuille de devoir, ornée d'un 0 ou 0,5, pour la faire se déplacer, par exemple. Avec ma collègue de maths, nous avons parlé ce matin de la difficulté de faire cours, devant cette classe, sans jamais se retourner pour écrire au tableau ni baisser les yeux pour lire un texte... -, Kalliope, en taureau astrologique qui se respecte, a du foin aux cornes. En trouver quelques-uns qui sortent du lot, qui arrivent à ne pas céder à la tentation de s'amuser au milieu du cirque général, de ne pas se laisser emporter comme fétu de paille, c'est comme chercher une aiguille dans une botte de foin. Il paraît qu'il existe un proverbe Année de foin, année de rien, à propos des années pluvieuses, qui voient le foin croître tandis que les autres cultures sèchent sur place : je peux vous assurer que mes 4èmes sont particulièrement incultes et incultivables, à part pour le foin, qui prend merveilleusement chez eux. Devant ces allergènes adolescents, foin d'anti-histaminiques, il faut changer de stratégie.
Stratégie 1, évacuation/élimination de l'allergène en direction de la salle de décontamination appelée communément "de permanence" où les allergènes susnommés font un foin de tous les diables autour des surveillants - ou hommes de paille - largement dépassés. Disons que cela diminue un petit peu la crise - d'allergie - dans le cours.
Stratégie 2, échange des allergènes auprès de ceux qui sont encore résistants - ou désensibilisés. Un léger coup à la porte de communication qui sépare ma salle de celle de la - terrible - prof de maths, et nous échangeons un sixième contre un troisième. Ca permet au 3ème de (re)voir ses bases et j'ai d'ores et déjà proposé au sixième, devenu la mascotte de mes 3èmes, de le présenter au brevet vu le nombre de cours qu'il a suivis chez moi.
Stratégie 3, mise au vert, exposition au grand air, non du prof, malheureusement, mais de l'allergène pendant quelques jours (trois au maximum), afin de réduire l'exposition et d'éviter la désintégration.
Stratégie 4, demander un arrêt de travail, officiellement pour rhume des foins, officieusement pour allergie aux élèves. Je n'en suis pas encore là - quoique ce week-end, après une matinée particulièrement cauchemardesque, et devant l'étendue aride du mois de juin, où le blé reste en herbe et les élèves en jachère, tandis que je creuse, sans résultat aucun, mon sillon de laboureur obstiné, mais solitaire, je m'interroge -, mais mon principal qui en a, au propre comme au figuré, "plein le dos" a démarré ses "vacances" un mois plus tôt...

 

 


Marc Aryan - bete a manger du foin
envoyé par hameau. - Regardez la dernière sélection musicale.

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25 mai 2009

Balzac et les petits élèves français...

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... ou comment plonger les professeurs desdits élèves dans le désespoir...

Brèves de brevet blanc.

Kalliope expliK

Soit un sujet de brevet blanc extrait du merveilleux roman de Dai Sijie. Le chapeau du texte est le suivant :
Pendant la Révolution culturelle chinoise (1966-1976), le narrateur, un jeune étudiant de 17 ans, est envoyé à la campagne dans un village pour être rééduqué par le travail. Toutes les distractions sont interdites. Un jour, il peut se procurer illégalement et secrètement un roman de Balzac traduit en chinois, Ursule Mirouët; mais maintenant, il faut rendre le livre.

Le texte relate ensuite que le héros, fasciné par le somnambulisme d'Ursule, qui lui permet de se rendre -en rêve- n'importe où, décide de recopier sur sa pauvre veste en peau de mouton, car les adolescents ne possèdent que quelques feuilles de papiers à lettres pour écrire à leurs parents, des extraits du roman, avec le désir de devenir lui-même somnambule pour échapper à la vie difficile qu'il mène à la campagne et retrouver dans ses songes sa vie d'autrefois, bien plus aisée.

Pendant une heure et demie, les élèves ont planché sur des questions à propos du texte, les aidant à comprendre que le narrateur mène une vie extrêmement difficile, dans la plus grande pauvreté, qui crée en lui un désir de s'évader par la lecture et le somnambulisme.

L'heure et demie suivante a été consacrée à une rédaction, dont le sujet était le suivant :
Luo, le camarade de chambre du jeune héros, arrivant par hasard, le voit recopier le texte de Balzac et l'interroge sur les raisons qu'il peut avoir de le faire. Racontez de manière détaillée.

Bilan, entre 1 page et 1 page et demie, comportant généralement au minimum 2 fautes par ligne.  Soit, c'est la norme de chaque rédaction, c'est couru d'avance. Mais, ce qui est plus désespérant, c'est
1. l'absence totale de répères historiques chez les mômes : la "révolution culturelle chinoise" qui figure normalement au programme d'histoire de 3ème, si je ne m'abuse, ressemble chez eux à une terra incognita. Je passe sur les "grands yeux verts" de certains Chinois (ok, je sais, ce n'est pas impossible, mais disons que ce n'est pas le cas le plus courant), les "Benoît", "Alexandre", "Nathan" et autres charmants prénoms typiquement chinois dont ils ont affublé le héros. Péchés véniels, je l'avoue, tout le monde n'a pas un prénom chinois à disposition. Plus grave, en revanche, me semblent les mentions de la "bibliothèque", de "l'internat très réputé", des "cours du lendemain" pour lesquels le héros serait censé recopier son texte sur une peau de mouton (sur une "feuille" pour les plus bouchés qui ne semblent décidément pas avoir lu le texte sur lequel ils ont travaillé pendant une heure et demie). Elles témoignent du fait qu'ils ignorent absolument les principes de la révolution culturelle. Dans le genre délire total, voici Luo invitant son camarade à délaisser sa tâche (évidemment pas dit comme ça) pour "jouer à la console, plutôt", ou qui, rendu méfiant par les révélations du héros, préfère "chercher sur internet"...
Mais, et c'est là qu'on touche le fond, le plus difficile pour eux ce fut de
2. trouver des raisons pour justifier qu'on recopie un livre. Alors là, c'est l'Everest Franchement, ils arrivent à trouver des arguments pour Luo, qui essaie de détourner le héros de son dessein, "il y a tellement de choses plus intéressantes à faire que de recopier un livre" (sic), - Kalliope n'a pas résisté à écrire dans la marge "comme travailler comme un damné la journée entière dans une rizière", même si elle sait qu'ils ne comprendront pas le mot "damné"-, ou encore "viens plutôt jouer avec nous dehors" - on s'amusait tellement pendant la révolution culturelle -, et autres billevesées. Mais alors, pour trouver des arguments au jeune héros, même après avoir lu le texte, dans lequel tout était à peu près écrit, ils restaient secs.  Non, cela leur restait par trop incompréhensible et incroyable a. qu'on puisse aimer un livre b. qu'on puisse avoir envie de le recopier. Généralement, la seule justification qu'ils trouvaient, c'était qu'un "prof" (sic) avait donné cela comme travail/punition/concours au narrateur. Certains ont été un peu plus audacieux : ce livre-là n'était pas écrit "dans une langue du 18ème siècle" (forcément, puisque c'est du Balzac...), racontait des "aventures", comportait des "illustrations un peu magiques", était comme un "jeu virtuel", était écrit "en italique sur fond bleu avec de petits étoiles", et ô nirvana du livre, on se retrouvait presque magiquement directement de la "première à la centième page".
Forcément, Kalliope, n'a pu retenir sa verve Kaustique dans les marges. A celui qui écrivait que recopier faisait "réfléchir et penser", elle a dit que ce serait peut-être une bonne idée d'y adonner les élèves, alors.... A ceux qui s'étonnaient, par la bouche de Luo, qu'on puisse trouver plaisir à lire un livre, elle a recommandé d'essayer, parce que, comme ils écrivent, "il y a une première fois à tout dans la vie". Au passage, elle a aussi été saisie par la violence des dialogues entre les "camarades de chambre", reflet des relations adolescentes entre amis, dans lesquelles il n'y avait que sécheresse "je t'en pose des questions, à toi ?", mauvaise humeur "occupe-toi de tes affaires", et menaces "je vais aller te dénoncer".
Pfff, parfois, Kalliope se demande vraiment si ce qu'elle enseigne - la littérature française & le bonheur de la lecture - a encore une pertinence parmi les élèves de cette génération... Et elle préfère ne pas penser à l'intérêt d'enseigner encore le latin, parce que lorsqu'on se penche trop sur les gouffres, on a le vertige... Quoique il ait bien fallu, samedi matin, aller "vendre" l'option latin chez les petits sixièmes.

J'ai beau être professeur, incarner le savoir devant mes élèves, à ces questions-là, je n'ai pas de réponse. Juste du chagrin, en voyant que ce qui peut me procurer tant de bonheur, m'enrichir d'expériences humaines, m'illuminer, me consoler de mes chagrins, m'émerveiller, m'instruire, répondre à mes questions, me distraire & même, quoique rarement, m'ennuyer aussi, leur semble aujourd'hui à eux toujours ennuyeux & étranger, un pensum scolaire dont ils espèrent que l'âge adulte les débarrassera.

Je me console en pensant au Laboureur et ses enfants, fable apprise au cours élémentaire :

Travaillez, prenez de la peine:
C'est le fonds qui manque le moins.
Un riche Laboureur, sentant sa mort prochaine,
Fit venir ses enfants, leur parla sans témoins.
"Gardez-vous, leur dit-il, de vendre l'héritage
Que nous ont laissé nos parents:
Un trésor est caché dedans.
Je ne sais pas l'endroit; mais peu de courage
Vous le fera trouver: vous en viendrez à bout.
Remuez votre champ dès qu'on aura fait l'oût:
Creusez, fouillez, bêchez; ne laissez nulle place
Où la main ne passe et repasse. "
Le père mort, les fils vous retournent le champ,
Deçà, delà, partout: si bien qu'au bout de l'an
Il en rapporta davantage.
D'argent, point de caché. Mais le père fut sage
De leur montrer, avant sa mort,
Que le travail est un trésor.

Labourons, semons des centaines de champs : un trésor peut y être caché, il y en aura peut-être quelques-uns qui produiront des récoltes, elles ne seront pas toutes immenses, mais qui peut dire combien de graines donneront des fleurs ?
Après tout, j'ai toujours chéri Julien Sorel - même quand le "grand" hypocrite, celui-dont-on-ne-doit-prononcer-le-nom, tente de s'en emparer, pour faire oublier sa bévue sur La Princesse... :

Ma foi ! dit Julien, qui veut la fin veut les moyens ; si, au lieu d'être un atome, j'avais quelque pouvoir, je ferais pendre trois hommes pour sauver la vie à quatre.

Moi, qui suis un peu moins excessive, j'essaie d'en faire lire 22 pour en convertir un ou deux...

scene_d_ecole_avec_un_precepteur_deux_eleves_lisant_et_un_troisieme_s_excusant_de_son_retard___Treves

    

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21 mai 2009

Hommage et humeur

En ce moment, je me sens de cette humeur-là...

J'adore le franc-parler de cette fille & son humour... acide !

Et je pense que la démonstratrice de chez Monop, qui voulait me faire tester des petits pots, se souviendra de moi...

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18 mai 2009

rocher de Sisyphe

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L'année scolaire commence par deux mois d'enfer, jusqu'aux vacances de Toussaint :
vous n'êtes pas habitués au bruit et à l'agitation, il fait encore chaud
les élèves sont encore en vacances
pour asseoir votre autorité, vous ne leur passez rien,
vous avez envie de distribuer les claques...

        ********************************************************************************************

L'année scolaire finit par deux mois d'enfer, jusqu'aux vacances d'été :
vous êtes épuisés par le bruit et l'agitation, il recommence à faire chaud
les élèves sont déjà en vacances
vous leur passez tout, même s'ils ont oublié jusqu'à la définition du mot "autorité"
vous en avez votre claque...

Et entre les deux ? 3 périodes de 5 à 7 semaines : c'est pas le paradis, mais on peut avoir de bons moments, parfois, au purgatoire...

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Gravure de M. C. Escher

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01 mai 2009

Le dindonneau de Proust

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L'un des grands plaisirs que l'on trouve à retourner au collège, c'est de pouvoir y éprouver les effets de la doctrine proustienne de la réminiscence affective.
Formulation pompeuse, formulation de prof de français pour évoquer ce qu'on appelle généralement plus simplement l'effet madeleine de Proust.
Je ne parlerai pas ici des jours de neige à Paris cet hiver durant lesquels l'excitation des ados était inversement proportionnelle à l'épaisseur de la couche de neige au sol dans la cour. Les jeux dans  cette misérable couche crasseuse parisienne ne me rappelaient que de loin en loin le déchaînement dans les écoles haut-savoyardes, les batailles de boules de neige, les bonhommes, les foots où les congères nous faisaient opportunément confondre ballon et tibia du joueur adverse et, surtout, les petits matins où j'essayais par tous les moyens d'échapper à la volonté parentale de me faire porter d'horribles et ridicules bottes de neige. Forcément, elles déparaient totalement le style que j'avais l'espoir d'acquérir un jour, espoir qui reculait d'autant plus que j'avançais en bottes. (De surcroît, que mes parents semblaient être les seuls à avoir le souci de conserver en l'état mes chaussures de tous les jours, les parents des autres ne semblaient nullement s'en préoccuper et laissaient leur progéniture porter ce qui lui plaisait).
Je ne parlerai pas non plus de ces rituels étranges, exotiques, voire barbares, que je découvre dans mon collège parisien comme le hurlement de fin des cours le samedi avant les vacances, le port du bonnet de Père Noël lors de l'après-midi qui suit le repas de Noël, les mystérieux concombres râpés (oui, oui, comme les carottes, c'est vert, c'est spongieux, j'ai mis du temps à identifier le légume à qui l'on avait réservé ce traitement avant de me rappeler la tradition du concombre masqué), les-saucisses-par-3 -pour-les-profs-et-par-2-pour-les-élèves (parce qu'il est certain qu'on a plus besoin de manger, dans notre grand âge, que des ados en pleine croissance), le friand tomate-saucisse (ah tiens, surprise, encore une saucisse dans le friand) ou les frites congélées cuites au four puis refroidies pour être apportées dans mon collège en liaison froide et ensuite réchauffées (incontestablement les pires que j'ai jamais avalées, réusissant le tour de force d'être à la fois sèches et spongieuses).
Non, je veux vous parler plutôt de ce qui m'a permis de revivre mon adolescence, de ce qui m'a donné l'occasion de faire l'expérience de la permanence, inamovible, intangible, quasi-inaltérable, tandis que, doucement et presque sans m'en apercevoir, je passais de 14 à 30 ans : les friands au fromage, les oeufs mayo sur tomates en tranches régulières couvertes d'une vinaigrette épaisse et acide, les viandes et poissons baignant dans une sauce qui vous pèse sur l'estomac les cinq heures suivantes sans vous donner pourtant l'impression d'être rassasiée et, surtout, surtout, le dindonneau...
Le dindonneau, donc, c'est la viande que vous ne connaissez vraisemblablement pas si vous n'avez jamais mangé en cantine et que vous vous êtes empressés d'oublier si jamais vous y avez goûté. En théorie, le dindonneau, ce devrait être le petit de la dinde, et comme le veau, ou l'agneau, ça paraît alléchant. Sauf que la réalité est toute autre, en tout cas en cantine : sous vos yeux, une tranche de viande non pas blanche, mais grise, qui s'écrase et s'émiette sous la moindre pression de la fourchette, aussi spongieuse qu'une madeleine proustienne plongée dans du thé, mais bien moins savoureuse. Enfin, pourvue quand même d'assez de goût pour que cela me soulève le coeur. Je ne peux m'empêcher, en contemplant le massacre dans mon assiette, de penser que l'on a agrégé des tas de rebuts de viande divers, peut-être de vieille dinde, ce n'est pas impossible, oubliée dans sa batterie, pour m'offrir quelque chose de présentable qui finalement ne le sera même pas jusqu'à ce que je le porte à ma bouche.
J'ai donc retrouvé mes vieilles habitudes de collégo-lycéenne : je m'approche avec méfiance du comptoir, demande presque les papiers d'identité de la viande et, très souvent, fait l'impasse au profit des inénarrables frites ou de l'incontournable purée (heureusement, je n'ai encore jamais été confrontée aux salsifis, qui me plongeraient dans un cruel dilemme). Je compense en mangeant du pain - généralement rassis, comme lors de mon adolescence - et, surtout, en dévorant millefeuilles, tartes au chocolat et palmiers à la sortie des cours.
Une seule chose a évolué : je stocke les millefeuilles dans les cuisses (je peux presque les compter) bien plus durablement qu'à 15 ans !

Edit : un autre changement depuis mes 15 ans, mes élèves me trouvent "trop stylée" quand je descends les chercher dans la cour sans bottes de neige et avec mes lunettes de soleil. Dois-je me fier cependant à l'opinion d'ados eux-mêmes en quête de style ?

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29 avril 2009

The loveboat...

loveboat_logo1 Un petit brin de nostalgie ? c'est ici

Tout passe, tout lasse, tout casse... y compris les longs silences, cher lecteur (s'il en reste un) fatigué du message "schizophrène" du mois de décembre... Pour célébrer mon retour sur ces pages, je t'offre un long texte... de moi, prononcé par moi à une certaine occasion, mais que j'ai eu beaucoup de plaisir à écrire. C'est fort prétentieux, mais c'est mon plaisir qui est juge, et si du reste tu n'y trouves toi-même nul plaisir, tu t'épargneras la peine de lire.
Pour la petite histoire, et pour couper court aux commentaires de ceux qui savent déjà, j'ai confondu les poètes Marbeuf et Rutebeuf... Lorsque l'on m'a signalé mon erreur, le rouge m'est monté aux joues, ce qui s'est avéré finalement fort en adéquation avec le sujet du jour.
En lisant cet aveu, tu riras, soit parce que les deux noms ne te disent rien du tout et que cela te semble une babiole, soit parce que tu trouveras la confusion véritablement impardonnable, selon que tu sois ou non féru de poésie. J'ai en tout cas corrigé mon erreur dans la version définitive avant de vous livrer cette réflexion "au fil de l'eau" (comme les postes sur Galaxie, car dorénavant le recrutement universitaire se pique lui aussi de poésie...) sur les moyens d'arraisonner des belles (ou des beaux) sans déraisonner.
Et à bientôt pour de nouvelles aventures...

                                    L’amour, une croisière au long cours, qui peut tourner court…

            Au XVIIe siècle, Pierre de Marbeuf intitula l’un de ses sonnets Et la mer et l’amour. Le poème, dans la tradition de la littérature baroque, consistait d’abord en un jeu virtuose sur la paronymie des termes amour, mer, amer, mais il cherchait aussi à souligner une relation nullement fortuite entre l’amour et la navigation, comme vous le découvrirez si vous acceptez d’embarquer pour Cythère.
       Marbeuf le rappelait au début du troisième tercet : La mère de l’amour eut la mer pour berceau. Aphrodite/Vénus, la déesse de la beauté et de l’amour, est issue de la mer… Les légendes ne sont pas toutes univoques, mais la Théogonie d’Hésiode révèle qu’Aphrodite naquit de l’écume de la mer quand les flots accueillirent en leur sein le sexe d’Ouranos, le ciel, tranché par son fils Chronos, le temps. De là le thème si cher à la peinture de Vénus sortant des eaux, et peut-être est-ce aussi pour cette raison que les villes d’eaux, et en particulier la ville de Baïes, en Campanie, sont aussi célèbres pour leurs naïades, aussi belles que peu farouches. Le poète romain Properce se désole ainsi du départ de sa bien-aimée Cynthie pour cette ville à la réputation sulfureuse : il ne peut imaginer qu’elle y aille réellement pour prendre les eaux. Sa véritable intention est forcément de séduire et d’être séduite par les Apollon qui la hantent…
       Vénus, donc, naît des flots et gagne rapidement une première île, Cythère, puis une seconde, Chypre. Les deux îles lui élèveront des sanctuaires et feront d’elle leur divinité tutélaire, offrant ainsi à la déesse deux surnoms, Cythérée et Cypris.
      Cette déesse, qui est donc avant tout une îlienne – peut-être est-ce pour cela aussi que les îles constituent aujourd’hui la destination phare des voyages de noces –, aime à se retirer dans ses domaines et à recevoir les honneurs de ses fidèles. Elle déteste par-dessus tout celles et ceux qui refusent de sacrifier à son culte, en particulier les Propétides qui niaient qu’elle fût une déesse et se prostituaient : elle les pétrifia. Au contraire, un homme comme Pygmalion, qui se livre tout entier à l’amour pour la statue qu’il a modelée de ses mains, parce qu’il ne trouve pas de femme à la hauteur de ses idéaux, est récompensé par la déesse qui insuffle vie et amour à la statue bien-aimée…
          Vénus encore, qui semble ne pas connaître d’enfance et naît dans le plein éclat de sa féminité, est mariée avec le fils de la déesse du mariage, Héphaïstos-Vulcain, ce qui est de bon augure. C’est le dieu du feu, ce qui est de meilleur augure encore. Mais l’eau et le feu ne font pas toujours bon ménage, et le dieu du feu semble avoir du mal à l’allumer dans le cœur de Vénus. La déesse est versatile, comme les cieux au bord de la mer, et s’enflamme facilement : c’est le dieu Mars qui a le plus régulièrement ses faveurs, mais elle les accorde également à Hermès-Mercure, dont elle a un enfant, Hermaphrodite, à la fois homme et femme, ou à Adonis, un beau chasseur grec, qui meurt sous les coups d’un sanglier. Selon la légende, du sang jailli des blessures que les ronces feront aux pieds de Vénus, courant pour le retrouver, naîtront les roses…
          Avec tant d’amants, Vénus a pourtant peu d’enfants ; le plus célèbre est Eros-Cupidon, « l’Amour » ou plutôt « le Désir », qui selon certains philosophes, n’était même pas son fils, mais son compagnon, né de l’union de l’abondance Poros et de la disette Penia.
          Pourtant, le plus célèbre des dieux amoureux, c’est Zeus, qui, pour jouir en paix de ses conquêtes, n’hésite pas à se métamorphoser : en pluie d’or pour Danaé, en cygne pour Léda, ou en taureau pour enlever Europe sur son dos et fendre les flots avec elle ; il faut au moins une mer entière entre le continent de son père,  l’Afrique, et celui qui prend son nom, pour que le dieu jouisse tranquillement de son butin.
     La mer sépare Agénor et Europe, le père et sa fille ravie, mais elle sépare aussi les amoureux, comme Héro et Léandre, qui vivent tous deux de chaque côté du détroit des Dardanelles. Léandre n’hésite pas à traverser chaque nuit à la nage le bras de mer, en suivant le fanal tenu par Héro. Ce sont ses « feux », dans le double sens du terme, qui le guident à travers les flots jusqu’au jour, ou plutôt à la nuit, où la mer l’engloutira. Folle de douleur, Héro se suicide en se jetant d’une tour. L'onde sépare aussi les héroïnes de la mythologie des héros partis accomplir leurs exploits et qui peu à peu les oublient : seuls des échos lointains leur en parviennent et parfois l’amère nouvelle qu’une autre femme a pris leur place. Il y aussi ces aventuriers plus humains qui partent simplement de longs mois pour conquérir, à leurs risques et périls, sur les plaines liquides, la gloire et la richesse qui les rendront dignes de leur bien-aimée…
          Mais avant d’en venir à ce point de l’histoire où les promesses de fidélité – destinées à être souvent bafouées – sont échangées entre amants sur le point de se séparer, de longs préparatifs sont nécessaires.
           Pour reprendre une métaphore chère à Ovide, l’esquif amoureux, avant de se lancer en haute mer, commencera par s’ébattre dans un petit lac. Il est nécessaire de s’amariner en eau douce, auprès des prostituées et des esclaves, femmes et hommes, qui, eux, sont forcés de consentir à la volonté de leur maître, avant d’affronter les quarantièmes rugissants, les jeunes femmes ou les jeunes hommes libres et de bonne famille…
     Pour le matelot, l’aspirant ou le vieux loup de mer, il s’agit d’élaborer un plan de bataille pour accoster ces jeunes gens, croisés dans la rue, au cirque, au théâtre ou même dans un temple. Plus de préparatifs encore, ou d’espèces sonnantes et trébuchantes, sont nécessaires quand on souhaite s’attaquer à plus forte partie, les courtisanes de haut vol en bel équipage. Il arrive que le jeune homme, rendu muet par ses désirs, délègue un esclave roublard et habile à bonimenter, chargé des travaux d’approche. Aborder l’une de ces fières beautés étourdiment et sans discours préparé, ou même sans un petit présent bien choisi dans sa manche, tenter de les embrasser sans avoir acquis une certaine maîtrise dans le domaine, revient à se saborder. Le retour de flamme ne sera pas celui espéré. Sauf si le jeune homme, emporté par l’ivresse, a opté pour un abordage brutal, en pirate de l’amour, et a décidé de violer l’objet de ses désirs, ce qui arrive assez couramment dans les pièces de théâtre.
       En attendant que le poisson morde et consente à se laisser approcher, il faut louvoyer, éviter les pièges qu’il ou elle tend, relever les épreuves, et même accepter parfois de tomber de Charybde en Scylla : cette dernière, justement, était une amoureuse, qui n’hésita pas à trahir son père pour séduire son amant, au grand dam de ce dernier. Il préféra l’éconduire, provoquant sa métamorphose en monstre marin, ceinte de chiens aboyant furieusement, comme si se révélait derrière la jeune fille en fleur, la matrone acariâtre. Faire sa cour, c’est toute une odyssée, une croisière au long cours qui peut tourner court, car elle exige que le marin accepte d’essuyer tempêtes colériques, caprices de femme gâtée et refus injustifiés.
          Si la jeune fille ou l’éphèbe ne se laisse pas attendrir et repousse les avances de son prétendant, nul besoin de se répandre en imprécations ou de se jeter dans les flots de désespoir. En bon pêcheur, mieux vaut lancer ses lignes ailleurs : Rome, selon Ovide, est un formidable vivier de beautés venues des quatre coins du monde, et réunies dans cette capitale cosmopolite.
      Mais le pêcheur peut devenir proie : certaines sont expertes à capturer les hommes dans leurs filets en assurant leur prise jusqu’à les noyer dans leurs charmes. Le jeune Hylas, favori d’Hercule, l’apprend à ses dépens : séduit par les reflets ondoyants de la source à laquelle il voulait puiser de l’eau, il se pencha tant qu’il finit par être saisi par les nymphes de la source, ces femmes tentatrices qui le ravirent à son amant héroïque. La rivalité entre les hommes et les femmes autour des jeunes éphèbes était plutôt rude dans l’Antiquité. Mieux vaut peut-être néanmoins le sort d’Hylas, ravi par des naïades, que celui de Narcisse, qui, en se mirant dans les eaux d’une source, s’éprit de lui-même, au point de se consumer d’amour et d’en périr, le corps asséché par la passion.
          Admettons néanmoins que le jeune homme ait réussi à susciter une flamme dans le cœur de sa bien-aimée par l’une de ses déclarations bien tournées, par mille petits présents, par le spectacle récurrent d’une mine pâlie par le mal d’amour, ou encore par l’un de ces baisers passionnés, suavium, baiser d’amour.
     La terre est en vue, enfin : cette Ithaque tant désirée par le marinier presque épuisé, c’est le lit du ou de la bien-aimé ; l’assaut final doit être bien mené pour enlever la citadelle où le corps et le cœur de l’aimée se tiennent en embuscade. Là encore, il convient de ne pas flancher, ni même mollir, car il ne fait pas bon rester encalminé. Point de mer étale, il faut le tourbillon, la tempête, les orages de la passion pour éviter le naufrage des sentiments dans le flux des jours et des nuits. Cela, c’est bon pour les couples mariés, qui embarquent ensemble pour une longue durée, mais qui, cependant,’s'autorisent parfois des incursions dans quelques bras illégitimes, abandonnant le lit du long fleuve tranquille de l’existence. Ainsi, à ceux qui s’étonnaient que ses enfants ressemblent tant à leur père, Agrippa, la fille de l’empereur Auguste, Julie, connue pour ses libertinages, répondit un jour :

             « je ne prends de passager que quand la cale du navire est pleine ! »

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16 décembre 2008

Schizophrénie

Ces jours-ci, je frémis...

       Aujourd'hui, cours d'une heure devant mes 22-2 troisièmes + 1 ins*pecteur, suivi d'un entretien. Commentaire-bilan "pour quelqu'un qui part de rien du tout [ie qui n'est pas allée à l'IU*FM], c'est pas mal". Il faudra que je me contente de ce demi-compliment. Mais, si j'ai bien compris, en me conformant aux instructions officielles et à ses conseils, en laissant mes limaçons apathiques devenir "acteurs" et secréter spontanément des "lec*tures analy*tiques" que je recueillerai précieusement dans une "tra*ce éc*rite" de longueur ultra-réduite, dans quelques années, je serai une bonne prof de col*lège. Ca fait pas rêver ça ?

      Demain, présentation de thèse durant 1'30 min devant 500 personnes au cours d'une cérémonie ultra-solennelle et protocolaire. Même si je suis persuadée que 20 personnes au maximum dans la salle m'écouteront, le contexte reste impressionnant et l'exercice exigeant. Réduire 900 pages à 10 lignes...

     L'inspecteur me reproche de faire des études de texte trop longues pour le collège ; je lui rétorque que j'ai du mal à changer les habitudes acquises depuis 6 ans et que je n'ai pas vraiment la forme d'esprit (ni l'envie, mais ça je ne le précise pas) adaptée à cet exercice. Il balaie mes objections d'un revers de main en me rappelant que je dois accomplir la tâche qui m'a été confiée par l'Edu*cation Natio*nale.

     A quand les "lec*tures analy*tiques" de 1'30 min ? Parce que réduire certains grands textes pour les formater à la "séance" de 55 minutes et aux illuminations des col*légiens, ça pourrait un jour nous mener à ça... Un truc dans le genre de l'Inté*grale de Mozart par He*lios Az*oulay, promoteur de la "musi*que inci*dentale", qui a compressé toutes les compositions de Mozart en un "pon*cif" de moins d'une minute. ..

    Je dois quand même tirer un coup de chapeau à mes limaçons. Sans avoir été prévenus, ils se sont révélés des anges lors de l'ins*pection. Même si j'ai appris ensuite que je n'aurais pas dû les interroger pour laisser s'exprimer leur spontanéité,  ils ont répondu à mes questions de bonne grâce, ont été plus calmes et silencieux que jamais tout en montrant ce qu'ils savaient, notant sagement et sans rechigner tout ce que j'écrivais, et avec des couleurs s'il vous plaît ! J'ai bien surpris quand même quelques sourires en coin qui trahissaient leur amusement de voir la prof si calme et si mesurée ce jour-là. Sur le moment, je ressentais des bouffées d'amour pour eux. Après cet effort surhumain, ils ont pris la tête de tous mes autres collègues le reste de la journée, mais j'ai trouvé l'attention fort délicate.

     Mince, je ne serais pas en train de m'attacher à eux ?

Posté par Kalliope à 19:53 - détours, gloire et KonséKration - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

27 octobre 2008

le bonheur, simple comme un marqueur...

Au tout début de la période faste des vacances, petit retour en arrière sur les semaines de Kalliope-Janus.

janus2 buste de Janus, dieu à deux visages des portes et des passages.


Découvrez Rose!

Les mardi, jeudi, vendredi & samedi, Kalliope prend le RER pour s'enfoncer dans la banlieue Sud. Elle a l'air fatigué des petits matins, la mine renfrognée et l'impression d'avoir dix ans de plus. Ses élèves de 13-14 ans lui parlent des "vieux" et, quand elle leur demande de définir cette catégorie, ils lui disent "les plus de 35 ans". Elle n'est guère loin du troisième âge, donc. Quand elle leur passe des chansons, ils l'interrogent "Linda Le May est-elle toujours vivante ?". Et quand elle répond machinalement que l'album est récent, qu'il a seulement une dizaine d'années, ils s'esclaffent. Forcément, il y a dix ans, ils portaient encore des couches... Elle ressort essorée par les questions sans relâche, le bruit de fond, la vigilance de tous les instants pour ramener les brebis égarées et dissipées plus nombreuses que les brebis sérieuses... Et avec la robe d'un dalmatien, ou plutôt l'inverse : de grosses taches blanches sur le fond noir de ses vêtements. Elle pourrait cesser de s'habiller en noir, mais après avoir sacrifié ses ambitions, elle s'accroche à sa garde-robe... Il faut préciser que Kalliope a un problème avec les tableaux noirs. D'abord, elle n'est jamais capable de le garder bien noir. Dès qu'elle commence à passer l'éponge, il prend une couleur grise et les inscriptions à la craie blanche deviennent illisibles. Une de ses élèves, modèle de fourberie juvénile, lui a un jour posé la question "il a un problème particulier votre tableau ?" Devinant instantanément la perfidie, Kalliope a devancé le reproche "parce qu'il est toujours sale ?" Elle a essayé de changer l'éponge pour des mouchoirs ou des brosses, mais la dame de service a protesté contre la poussière de craie tombée sur le sol. Kalliope pense parfois à lui demander son secret pour obtenir un tableau parfaitement noir, parce que même en faisant plusieurs fois les allers-retours au lavabo pour plonger son éponge dans une onde parfaitement limpide, elle échoue lamentablement.

Le mercredi, en revanche, c'est le jour des grands enfants. En dix minutes de métro et 5 de balade dans un quartier ultra-chic où elle fait du lèche-vitrine en sachant qu'elle ne pourra jamais s'offrir ce qui est derrière les vitres, Kalliope arrive à S*** P*** où elle enseigne deux heures par semaine. Ses élèves sont propres sur eux, bien coiffés, silencieux, ambitieux et très sérieux. Comme il est déjà tard, un baillement leur échappe quelquefois, mais généralement ils ont les yeux rivés sur leur écran de portable pour prendre des notes et les oreilles suspendues aux lèvres de leur professeur. Surtout, Kalliope éprouve un plaisir intense quand, demandant aux appariteurs un marqueur pour l'immense tableau blanc qui fait ses délices, ils lui demandent "Mais vous enseignez, vous ?". La nostalgie de ces temps où l'on la confondait avec ses étudiants la saisit. Elle approuve avec un sourire jusqu'aux oreilles et récupère les marqueurs qui laisseront ses vêtements immaculés. Elle a beau culpabiliser, dans ces moments-là, elle se sent fondamentalement élitiste.

Le seul point commun entre ces deux univers, c'est que dans l'un comme dans l'autre, Kalliope est incapable de proposer à ses élèves un tableau ordonné et lisible. Il y en a dans tous les coins et c'est toujours aussi mal écrit.

Elle a hasardé une question sur la possibilité d'acquérir un tableau numérique lors de la dernière réunion pédagogique et elle a suscité un monologue de 20 minutes du principal pour justifier son refus. Ses collègues, pressés de rentrer chez eux, lui jetaient des regards hostiles. Désormais, elle espère en silence qu'au moins, dans le futur collège moderne qui remplacera l'ancien, elle aura un tableau blanc...

Posté par Kalliope à 09:48 - Kalliope est un K - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

19 octobre 2008

manifestation

Comme le disait Madame V., éminente professeur de philosophie dans les classes préparatoires littéraires de la ville d'A***, "pour réfuter Kant, prenez Ricoeur".

En réponse donc à ma copine Célestine, avec laquelle je dialogue sur les sentiments que doivent m'inspirer mon emploi au collège.

"Le désir est cette espèce d'entreprise qui monte du corps au vouloir et qui fait que le vouloir serait faiblement efficace s'il n'était aiguillonné d'abord par la pointe du désir".

                                                                 Ricoeur, Philosophie de la volonté.

Autrement dit, je peux vouloir, mon adhésion ne sera jamais profonde mais toujours médiate et rationnelle. Et je ne suis même plus sûre de vouloir faire l'effort de vouloir...  De ce point de vue-là au moins, je perçois ma ressemblance avec les élèves...

Aujourd'hui, je suis allée pour la deuxième fois de ma vie manifester. Ca ne fait pas beaucoup pour une enseignante. J'y suis allée car je me sens plus que jamais concernée par l'acharnement contre l'école, même si je ne peux jamais me défaire d'un certain sentiment d'étrangeté. Quand bien même les gens qui nous gouvernent cessaient de nous compliquer la tâche, je me sentirais toujours aussi mal à l'aise, inutile, peu efficace et insatisfaite dans mon job. Alors, même quand le défilé dans les rues avec banderoles et pancartes est terminé, ma révolte, je continue à la manifester au téléphone, dans les conversations et sur mon blog.  Que soient ici remerciés tous ceux qui m'écoutent avec une ineffable patience.

Célestine, pour illustrer ce post, je veux bien l'une de tes excellentes photos de la marche du jour, sous le doux soleil d'octobre...

Posté par Kalliope à 23:42 - Kalliope cite - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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